Concours d’orgue du Québec

Le jeudi 12 juin dernier avait lieu, à l’église des Saints-Martyrs-Canadiens, l’épreuve finale du concours d’orgue de Québec, œuvre de la Fondation Claude-Lavoie. J’ai eu le plaisir d’assister à la majorité des prestations, de même qu’au dévoilement des résultats. Cinq candidats avaient été retenus pour cette épreuve : Emmanuel Bernier (Rimouski–Québec), François Grenier (St-Prosper–Québec), Laurence Jobidon (Québec–Sherbrooke), Jocelyn Lafond (Trois-Rivières–Saint-Hyacinthe), Julie Pinsonneault (Montréal). Le jury a décerné le premier prix à Jocelyn Lafond et, exceptionnellement, un deuxième prix ex aequo à Emmanuel Bernier et François Grenier. Un prix spécial a été accordé à Emmanuel Bernier pour son interprétation de l’œuvre imposée, L’aire du temps, une commande au compositeur québécois Pierre Genest.

Cette édition du concours prenait un ton tout à fait particulier en raison du décès récent de son instigateur, le célèbre organiste et pédagogue Claude Lavoie. J’ai malheureusement manqué la première prestation, celle de Laurence Jobidon – les bouchons de circulation de Québec valent bien ceux de Montréal! Cependant, sur la foi de ce que j’ai entendu, je n’hésite pas à me dire entièrement d’accord avec le jury, y compris avec l’attribution du deuxième prix ex aequo. Déjà détenteur de six premiers prix dans divers concours, Jocelyn Lafond n’a laissé planer aucun doute sur sa maturité artistique, tant dans l’interprétation de la musique de Bach que dans celle des contemporains. Si je dois formuler un reproche à sa prestation, c’est d’avoir enchaîné l’œuvre imposée de Pierre Genest avec une œuvre de Bengt Hambraeus. J’aurais apprécié respirer un parfum différent entre les deux! Emmanuel Bernier et François Grenier se sont affirmés comme deux organistes de mérites comparables. Je retiens en particulier, du premier, l’étrange Benedictus de Max Reger et du second, le magistral Choral en la mineur de César Franck. Les deux candidates, Laurence Jobidon et Julie Pinsonneault, sont en début de carrière (Mme Pinsonneault vient tout juste de donner son récital de fin de bac à McGill). Les occasions ne manqueront certainement pas pour elles de s’affirmer dans d’autres concours. Le jury était formé de Gaston Arel, Pierre Bouchard, Nathalie Gagnon et Jonathan Oldengarm. L’organiste française Sophie-Véronique Cauchefer-Choplin était le membre invité de l’étranger. Au total, donc, une très riche cohorte de jeunes organistes du plus haut calibre, capables d’interpréter avec autorité les pages les plus redoutables comme les plus nouvelles du répertoire.

Paul Cadrin